Le jus d’orange et le pamplemousse augmenteraient la sensibilité au soleil et le risque de mélanome

Agrumes et soleil ne feraient pas bon ménage

Par figaro iconDelphine Chayet – le 01/07/2015 (extrait du figaro santé)
Pamplemousse et orange contiennent des composés organiques qui augmenteraient le risque de mélanome cutané.

L’exposition au soleil ou au rayonnement UV des cabines de bronzage est le principal facteur de risque du mélanome cutané, un cancer qui tue plus de 1 500 Français chaque année. Mais une étude américaine publiée lundi montre pour la première fois que le phénomène peut être accru par l’ingestion d’agrumes – plus précisément de pamplemousse et de jus d’orange frais.

Les auteurs, qui présentent leurs résultats dans le très sérieux Journal of Clinical Oncology, ont observé un lien entre la consommation fréquente de ces fruits et l’apparition d’un mélanome. «Si cette corrélation est intrigante, il est trop tôt pour changer les recommandations alimentaires, précisent les chercheurs (Brown University, Providence). En attendant d’autres données scientifiques, il faut continuer à protéger notre peau du soleil.»

Les psoralènes en cause

L’étude a été menée auprès de plus de 100.000 Américains, infirmières et professionnels de santé, dont le mode de vie, les habitudes alimentaires et l’histoire médicale ont été décortiqués pendant vingt-six ans. Durant cette période, 1 840 participants se sont vu diagnostiquer un mélanome. Le risque s’est avéré de 36 % plus élevé chez les personnes consommant des agrumes plus de 1,6 fois par jour, par rapport à ceux qui en prenaient moins de deux fois par semaine. Le phénomène était plus prononcé chez les mangeurs de pamplemousse. Un résultat significatif, que le Dr Khaled Ezzedine, dermatologue au CHU de Bordeaux, relativise toutefois: «Dans l’absolu, le risque reste très modeste. De plus, son aggravation concerne uniquement les blonds et les roux, une population plus vulnérable aux effets des rayons ultraviolets.»

Les auteurs expliquent leur découverte par la forte présence de psoralènes dans les agrumes. Ces composés organiques sont connus pour leur effet sensibilisant aux rayons ultraviolets impliqués dans l’apparition du cancer de la peau. Une propriété d’ailleurs utilisée en dermatologie pour traiter certaines maladies, comme le psoriasis. Dans l’étude, l’augmentation du risque de cancer est ainsi observée sur les parties découvertes: tête, bras et cou. Elle est plus marquée chez les personnes sensibles aux coups de soleil dans l’enfance, mais aussi celles qui ont passé plus de temps à s’exposer. Enfin, aucune corrélation n’est retrouvée entre les agrumes et d’autres types de tumeurs.

Protéger sa peau

«L’exposition solaire reste bien le principal facteur de risque de mélanome», analyse le Dr Khaled Ezzedine, insistant sur l’importance de protéger sa peau dans les deux heures qui suivent la consommation de fruits riches en psoralène et de diversifier les sources de vitamines. Pour le dermatologue, il est cependant important de continuer à promouvoir le pamplemousse et l’orange, dont les bénéfices sur la santé sont démontrés. Ces agrumes ont notamment un effet protecteur contre les maladies cardio-vasculaires et certains cancers.

Quoi qu’il en soit, le lien entre agrumes et mélanome demande à être confirmé par une étude en population générale. Dans un éditorial accompagnant ces résultats, le Dr Marianne Berwick, dermatologue, remarque que les professionnels de santé sont certainement plus attentifs aux lésions cutanées que le grand public. Les chercheurs précisent encore qu’ils vont poursuivre leurs investigations afin de comprendre pourquoi d’autres légumes riches en psoralènes, comme les panais ou les carottes, n’ont pas le même effet négatif que les pamplemousses.

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